Paysage thaïlandais mêlant nature luxuriante et architecture traditionnelle dans une harmonie durable
Publié le 18 avril 2024

En résumé :

  • Adoptez une discipline de vérification active plutôt que de vous fier aux apparences marketing.
  • Apprenez quelques mots de thaï pour refuser poliment les plastiques à usage unique et utilisez les alternatives locales.
  • Privilégiez les crèmes solaires à filtres minéraux et les hébergements familiaux pour un impact direct et positif.
  • Questionnez systématiquement les agences sur la redistribution des revenus aux communautés locales.
  • Utilisez une gourde et les stations de remplissage locales pour l’eau potable, une solution économique et écologique.

L’image d’Épinal du voyage en Thaïlande oscille entre les plages paradisiaques de Ko Phi Phi et la rencontre émouvante avec un éléphant dans la jungle de Chiang Mai. Pour le voyageur conscient, ce rêve s’accompagne d’une question lancinante : comment s’assurer que mon passage ne laisse pas une cicatrice indélébile sur cet écosystème fragile et ses communautés ? Les conseils habituels fusent : « ne montez pas sur les éléphants », « réduisez vos déchets ». Ces recommandations, bien que justes, restent en surface et sont devenues le terreau d’un marketing bien rodé : le greenwashing. Des camps d’éléphants se rebaptisent « sanctuaires » sans changer leurs pratiques, des hôtels affichent des labels écologiques auto-attribués, et l’intention de bien faire se heurte à une ingénierie de la tromperie.

Mais si la véritable clé n’était pas de suivre une simple checklist de bonnes intentions, mais d’adopter une posture de consultant, une véritable discipline de vérification ? Le tourisme responsable n’est pas un acte passif, c’est une enquête. Il s’agit de poser les bonnes questions, de savoir décrypter les signaux faibles et d’orienter son budget de voyageur là où il génère un impact réel et positif. C’est transformer chaque dépense, chaque choix, en un vote pour le type de tourisme que nous souhaitons voir se développer.

Cet article n’est pas une liste de commandements. C’est une boîte à outils critique. Nous allons vous armer pour déconstruire les façades, vous donner les clés pour distinguer un projet authentique d’une façade marketing, et vous permettre de voyager en Thaïlande non pas comme un simple consommateur, mais comme un partenaire éclairé et respectueux du « Pays du Sourire ».

Pour naviguer avec clarté dans les défis et les solutions du voyage éthique en Thaïlande, ce guide est structuré pour répondre aux questions les plus concrètes que vous vous poserez sur le terrain. Chaque section est conçue comme un module d’action pour transformer vos intentions en impact positif.

Comment distinguer un véritable refuge éthique d’un camp d’exploitation déguisé ?

Le mot « sanctuaire » ou « refuge » est devenu un outil marketing puissant en Thaïlande. Malheureusement, il masque souvent des réalités où le bien-être animal reste secondaire par rapport au profit touristique. La différence fondamentale ne réside pas dans le nom, mais dans la philosophie de l’interaction. Un sanctuaire authentique place les besoins de l’animal au centre et éduque le visiteur, tandis qu’un camp d’exploitation déguisé orchestre des expériences pour le plaisir du touriste, souvent au détriment de l’éléphant. Le bain avec les éléphants, souvent présenté comme une activité « douce », est l’un des signaux d’alarme les plus courants : il s’agit d’une interaction forcée qui stresse les animaux et les oblige à répéter le même manège plusieurs fois par jour.

La discipline de vérification impose de regarder au-delà des brochures. Un véritable refuge se concentre sur l’observation à distance, la réhabilitation et l’éducation. L’absence totale de contact direct non sollicité par l’animal est le critère d’or. L’objectif est de redonner à l’animal un semblant de vie sauvage, et non de le transformer en accessoire de photographie.

Étude de Cas : Elephant Nature Park, le modèle de sanctuaire éthique

Fondé par Lek Chailert près de Chiang Mai, l’Elephant Nature Park est la référence des refuges éthiques. Depuis 2017, il est l’un des rares parcs d’Asie du Sud-Est à être totalement libre de chaînes. Le sanctuaire a remporté chaque année depuis 2014 les « Thailand Green Excellence Awards » décernés par l’Office du Tourisme de Thaïlande, validant son approche rigoureuse : aucune interaction forcée, pas de balades, pas de spectacles, et une observation strictement respectueuse. Ce modèle prouve qu’un tourisme basé sur l’éducation et le respect peut être économiquement viable tout en servant la cause animale.

Éléphant se baignant librement dans une rivière naturelle sans touristes ni contraintes

Pour passer de la théorie à la pratique, voici les questions à poser et les points à vérifier avant de réserver. Une structure qui refuse de répondre clairement à ces interrogations est très probablement un camp d’exploitation. Un sanctuaire éthique, au contraire, sera fier de sa transparence.

  • Vérifiez la présence de chaînes et de crochets (ankus) : Sont-ils visibles sur les photos, sur les cornacs (mahouts) ou près des animaux ? Leur présence, même « juste au cas où », est un drapeau rouge.
  • Analysez les activités proposées : L’établissement propose-t-il des balades à dos d’éléphant, des spectacles, des bains forcés ou la possibilité de nourrir les éléphants à la chaîne ? Si oui, fuyez.
  • Questionnez l’origine des animaux : S’agit-il d’animaux secourus de l’industrie du tourisme, de l’exploitation forestière ou sont-ils nés en captivité et dressés pour interagir ?
  • Observez la communication : Le marketing est-il centré sur des selfies avec les animaux ou sur les histoires de sauvetage et la mission de conservation ?
  • Exigez les certifications : Demandez à voir la certification du Ministère du Tourisme thaïlandais et les cartes d’identité des éléphants, qui sont obligatoires pour toute structure légale.

En fin de compte, votre choix a un pouvoir immense. En refusant de financer les structures d’exploitation, vous contribuez directement à rendre leur modèle économique obsolète et à promouvoir un avenir où les éléphants sont respectés pour ce qu’ils sont, et non pour ce qu’ils peuvent rapporter.

Comment refuser les sacs et pailles en plastique (7-Eleven, Street Food) sans offenser les vendeurs ?

En Thaïlande, le service est roi. Vous tendre un sac plastique pour un seul article ou ajouter une paille dans votre boisson est un geste d’hospitalité et d’efficacité, pas une volonté de nuire à la planète. Refuser ce geste peut donc être perçu comme un rejet du service offert, ce qui va à l’encontre du concept culturel clé de « kreng jai » (เกรงใจ), cette volonté d’être prévenant et de ne pas déranger ou imposer. Comprendre cette nuance est essentiel pour refuser le plastique sans créer de malaise.

La solution n’est pas un refus sec et direct, mais une anticipation polie et souriante. Le secret est d’agir avant que le vendeur n’ait commencé à emballer. Un sourire, un contact visuel et un geste de la main accompagnant quelques mots simples en thaï feront des merveilles. L’objectif est de montrer que vous appréciez le service, mais que vous n’avez tout simplement pas besoin de l’emballage. Votre attitude proactive est bien plus importante que la perfection de votre accent.

Voici quelques phrases essentielles à mémoriser. Entraînez-vous à les prononcer avec une intonation douce et un sourire. Le mot « khrap » (pour les hommes) ou « kha » (pour les femmes) à la fin de la phrase est la marque de politesse indispensable.

  • Pour refuser un sac plastique : « Mai ao thung, khrap/kha » (ไม่เอาถุงครับ/ค่ะ) – « Je ne veux pas de sac, s’il vous plaît. »
  • Pour refuser une paille : « Mai ao lod, khrap/kha » (ไม่เอาหลอดครับ/ค่ะ) – « Je ne veux pas de paille, s’il vous plaît. »
  • Une phrase plus générale et très efficace : « Sai ni, khrap/kha » (ใส่นี่ครับ/ค่ะ) – « Mettez-le ici, s’il vous plaît », en tendant votre propre sac réutilisable ou votre tote bag.

Le plus efficace est de toujours avoir votre propre sac de courses visible lorsque vous approchez du comptoir. En le tendant au vendeur au moment de payer, l’action devient intuitive et la communication verbale presque superflue. C’est une manière non conflictuelle de signifier votre intention. Cette petite habitude est l’un des gestes les plus impactants que vous puissiez faire quotidiennement pour réduire votre empreinte plastique.

En agissant de la sorte, vous ne vous contentez pas de refuser un déchet. Vous participez à une conversation culturelle, montrant qu’un tourisme différent est possible, un tourisme qui respecte à la fois l’environnement et les codes sociaux locaux.

Quelle crème solaire choisir pour ne pas tuer les récifs thaïlandais lors de vos baignades ?

Les eaux turquoise des îles thaïlandaises sont l’un des principaux attraits du pays. Pourtant, sous la surface, un drame silencieux se joue. Chaque année, ce sont près de 600 tonnes de crème solaire déversées par les touristes dans les eaux thaïlandaises, selon les estimations. Une grande partie de ces lotions contient des filtres chimiques, notamment l’oxybenzone et l’octinoxate, qui sont de véritables poisons pour les coraux. Ces substances provoquent leur blanchiment, perturbent leur reproduction et leur croissance, même à des concentrations infimes. Votre protection solaire peut donc directement contribuer à la destruction des écosystèmes marins que vous venez admirer.

Face à cette « empreinte chimique », la Thaïlande a réagi en interdisant les crèmes solaires contenant ces composés nocifs dans ses parcs nationaux marins. Cependant, l’application reste difficile et la responsabilité incombe en grande partie au voyageur. La bonne nouvelle est qu’il existe des alternatives efficaces et respectueuses des océans. Il ne s’agit pas de renoncer à se protéger du soleil, mais de choisir la bonne méthode de protection. La discipline de vérification s’applique ici à la lecture des étiquettes et à l’adoption de nouvelles habitudes.

Le tableau suivant synthétise les options qui s’offrent à vous pour vous protéger efficacement sans nuire aux récifs. La meilleure stratégie est souvent une combinaison de ces solutions.

Comparaison des filtres solaires et leur impact sur les coraux
Type de protection Impact sur les récifs Efficacité protection Disponibilité Thaïlande
Filtres chimiques classiques (oxybenzone/octinoxate) Très toxique – blanchiment coraux Haute Partout
Filtres minéraux (zinc/titane non-nano) Impact minimal Haute Pharmacies grandes villes
Vêtements anti-UV (rashguards) Zéro impact Très haute Magasins sport
Stratégie de l’ombre (éviter 11h-15h) Zéro impact Maximale Gratuit

La meilleure solution est d’anticiper. Achetez votre crème solaire à filtres minéraux (oxyde de zinc ou dioxyde de titane) non-nanométriques avant votre départ, car leur disponibilité peut être limitée en dehors des grandes villes. Sur place, la solution la plus simple et la plus efficace reste le vêtement anti-UV (rashguard) pour la baignade et le snorkeling. Il offre une protection parfaite, ne se dilue pas dans l’eau et élimine totalement le besoin de crème sur les parties couvertes.

En adoptant ces réflexes, vous passez du statut de menace potentielle à celui de gardien des récifs. C’est un changement de perspective qui donne tout son sens à l’admiration que vous portez au monde sous-marin.

Pourquoi privilégier les guesthouses familiales plutôt que les chaînes internationales change la donne ?

Le choix de votre hébergement est l’une des décisions les plus impactantes de votre voyage. Opter pour une grande chaîne hôtelière internationale peut sembler rassurant, mais cela alimente souvent un système de fuite économique. Des études montrent que dans un modèle de tourisme de masse, seulement 20 à 30% des dépenses d’un forfait touristique reviennent réellement au pays visité. La majorité des bénéfices est rapatriée vers les maisons mères à l’étranger, laissant une part minime à l’économie locale. En choisissant une guesthouse familiale, une homestay ou un petit hôtel indépendant tenu par des Thaïlandais, vous inversez radicalement cette tendance.

Privilégier ces structures, c’est s’assurer que 100% de votre argent irrigue directement l’économie locale. Votre dépense paie les salaires du personnel du village, finance les courses au marché du coin, contribue aux frais de scolarité des enfants et soutient tout un écosystème de petits entrepreneurs locaux. C’est l’essence même du circuit économique court appliqué au tourisme. Au-delà de l’aspect financier, c’est aussi une porte d’entrée vers une expérience culturelle plus authentique. Vous n’êtes plus un client anonyme, mais un invité, ce qui favorise des échanges sincères et une meilleure compréhension de la culture thaïlandaise.

Maison traditionnelle thaïlandaise en bois transformée en guesthouse familiale au coucher du soleil

Ce modèle économique plus juste et plus humain n’est pas une utopie. Des agences et des structures locales le mettent en pratique avec succès, démontrant sa viabilité et son impact positif.

Étude de Cas : Le modèle de réinvestissement local

Des agences locales comme Thaïlande Autrement, basées dans le pays, incarnent ce principe. En travaillant exclusivement avec des partenaires locaux (guides, chauffeurs, familles), elles garantissent que la totalité des charges et des bénéfices est dépensée et réinvestie en Thaïlande. Les salaires sont souvent supérieurs à la moyenne du marché et les relations sont basées sur un partenariat équitable à long terme. Ce modèle démontre par l’exemple que l’argent du tourisme, lorsqu’il est bien orienté, devient un puissant outil de développement communautaire, contrastant fortement avec le modèle extractif des grandes chaînes internationales.

Rechercher et choisir ce type d’hébergement demande un effort initial un peu plus important que de cliquer sur le site d’une grande marque, mais l’impact est sans commune mesure. C’est un choix militant pour un tourisme plus équitable.

En fin de compte, dormir dans une guesthouse familiale n’est pas un sacrifice de confort, mais un gain d’humanité. C’est l’assurance que votre séjour enrichit non seulement votre expérience, mais aussi la vie de ceux qui vous accueillent.

Bouteilles plastiques ou gourde filtrante : quelle stratégie pour boire de l’eau sans polluer ni tomber malade ?

Le dilemme de l’eau potable en Thaïlande est un casse-tête pour le voyageur responsable. D’un côté, l’achat constant de bouteilles en plastique génère une pollution visible et désastreuse. De l’autre, la peur de tomber malade en buvant une eau non traitée est légitime. La solution ne réside pas dans un choix binaire, mais dans une stratégie multi-facettes qui combine la technologie, l’observation et l’utilisation des infrastructures locales. Renoncer aux bouteilles en plastique est non seulement possible, mais aussi économique et sûr, à condition d’être bien préparé.

Plusieurs technologies de purification s’offrent à vous, chacune avec ses avantages et ses inconvénients en fonction de votre style de voyage. Une gourde filtrante sera idéale pour un trek en pleine nature, tandis que les stations de remplissage locales seront parfaites pour un séjour urbain. L’important est d’évaluer vos besoins avant le départ pour choisir l’outil le plus adapté.

Le tableau suivant compare les principales solutions de purification pour vous aider à prendre une décision éclairée. Notez que l’eau du robinet en Thaïlande n’est généralement pas considérée comme potable pour les étrangers non habitués.

Solutions de purification d’eau pour voyageurs en Thaïlande
Solution Coût initial Efficacité virus Praticité urbaine Praticité trek
Gourde filtrante (LifeStraw/Sawyer) 40-80€ Variable – vérifier modèle Moyenne Excellente
SteriPEN UV 80-120€ Excellente Bonne Moyenne (batteries)
Pastilles purification 10-20€ Excellente Faible (goût) Excellente
Stations osmose inversée locales 1 baht/litre Excellente Excellente Inexistante

L’une des solutions les plus astucieuses et les moins connues des touristes est d’utiliser les stations de remplissage d’eau (water refill stations) omniprésentes dans le pays. Ces machines, utilisées quotidiennement par les Thaïlandais, offrent une eau purifiée par osmose inversée pour une somme modique. C’est une excellente façon de s’hydrater de manière sûre, économique et sans générer de déchets.

Votre plan d’action pour l’eau potable zéro déchet

  1. Points de contact : Identifiez les machines à eau, généralement bleues ou blanches avec l’inscription « Drinking Water », situées près des 7-Eleven, des Family Mart et des laveries automatiques.
  2. Collecte : Ayez toujours sur vous des pièces de 1 baht. Une pièce suffit généralement pour remplir une gourde d’un litre.
  3. Cohérence : Avant d’insérer votre pièce, vérifiez que le voyant lumineux de la machine est au vert, signe qu’elle est en service et que le processus de filtration est actif.
  4. Adaptation stratégique : En zone rurale où les machines sont rares, achetez des gros bidons d’eau de 6 ou 10 litres dans un supermarché pour recharger votre gourde au fil des jours. C’est un compromis qui réduit considérablement le nombre de petites bouteilles.
  5. Plan d’intégration : Gardez toujours un plan de secours. Avoir quelques pastilles de purification (type Micropur) dans votre trousse de secours vous garantit de l’eau potable en toute circonstance, même en cas d’urgence ou dans des zones très isolées.

En adoptant ces réflexes, vous sortez de la dépendance au plastique à usage unique et vous vous intégrez de manière plus authentique dans les pratiques locales, tout en préservant votre santé et votre portefeuille.

Quelles questions poser à une agence de trek pour vérifier son éthique avant de payer ?

Partir en trek à la rencontre des communautés ethniques du nord de la Thaïlande est une expérience potentiellement profonde, mais qui peut aussi virer au « zoo humain » si elle est mal choisie. De nombreuses agences exploitent l’image exotique des tribus des collines sans garantir un juste retour économique ni un respect culturel. Votre rôle, en tant que voyageur-consultant, est de mener l’enquête avant de vous engager. Le prix ne doit pas être le seul critère ; la structure éthique et la redistribution des revenus sont bien plus importantes.

Une agence responsable sera transparente et capable de répondre précisément à des questions sur son modèle économique et son impact social. Une agence qui reste vague, qui met en avant des prix cassés ou qui se concentre uniquement sur les « photos incroyables » que vous pourrez prendre, est probablement à éviter. Votre argent doit servir à la fois à rémunérer justement votre guide, mais aussi à soutenir des projets de développement décidés par la communauté elle-même (éducation, santé, infrastructures).

Avant de sortir votre portefeuille, prenez le temps de vous asseoir avec le représentant de l’agence et de poser des questions directes et précises. Voici une checklist essentielle pour évaluer leur démarche :

  • Qui fixe le prix de la nuitée chez l’habitant ? La réponse doit être : la communauté ou la famille d’accueil. Si c’est l’agence qui impose son tarif, c’est un signe d’exploitation.
  • Quel est le pourcentage exact du prix du trek qui revient directement au village visité ? Exigez un chiffre. Une agence éthique pourra vous donner une répartition claire (par exemple : 30% pour le guide, 25% pour l’hébergement et la nourriture dans le village, etc.).
  • Les guides sont-ils issus des communautés locales ? Un guide local connaît non seulement le terrain, mais il sert aussi de pont culturel et garantit que l’argent reste dans la région.
  • Quelle est la taille maximale des groupes ? Idéalement, les groupes ne devraient pas dépasser 8 personnes pour minimiser l’impact sur le village et permettre des interactions plus authentiques.
  • Quels projets de développement communautaire soutenez-vous concrètement ? Demandez des exemples précis de projets financés ou co-financés par les revenus des treks (construction d’une école, adduction d’eau, etc.).

Poser ces questions n’est pas un acte de méfiance, mais une marque de respect. Vous montrez que vous ne considérez pas la communauté comme un simple décor, mais comme un partenaire. C’est l’essence même de la souveraineté communautaire dans le tourisme.

En faisant ce travail de vérification, vous vous assurez de vivre une expérience authentique et enrichissante, tout en ayant la certitude que votre présence est une source de bénéfices partagés et non d’exploitation.

Comment refuser les sacs et pailles en plastique (7-Eleven, Street Food) sans offenser les vendeurs ?

Si la première étape pour réduire son empreinte plastique en Thaïlande est l’art du refus poli, la seconde, plus impactante encore, est de s’inscrire dans les solutions systémiques qui rendent ce refus plus facile. Au-delà du geste individuel, il s’agit de comprendre et d’utiliser les alternatives qui existent déjà sur le terrain. Cela démontre un engagement plus profond et participe à la valorisation des initiatives locales de lutte contre la pollution plastique.

Le problème principal n’est pas tant le petit sac pour vos chips que la consommation massive de bouteilles d’eau en plastique. La solution à ce problème majeur ne se trouve pas seulement dans votre sac à dos sous la forme d’une gourde, mais aussi dans les rues des villes thaïlandaises. Le pays dispose en effet d’une infrastructure méconnue des touristes mais essentielle pour les locaux.

Cette infrastructure, ce sont les milliers de distributeurs d’eau potable qui parsèment le pays. En les utilisant, vous agissez sur plusieurs leviers : vous éliminez drastiquement vos déchets plastiques, vous réalisez des économies substantielles et vous soutenez une micro-économie locale.

Étude de Cas : L’initiative des distributeurs d’eau à osmose inversée

La Thaïlande compte des milliers de « water refill stations » (distributeurs d’eau purifiée) dans ses rues. Pour seulement 1 baht (environ 3 centimes d’euro) par litre, ces machines en libre-service offrent de l’eau potable traitée par osmose inversée, une technologie de filtration très performante. Cette infrastructure décentralisée, souvent gérée par des petits commerces, permet d’éviter l’achat de bouteilles en plastique tout en générant un revenu complémentaire pour les propriétaires. Utiliser ces stations est un acte simple qui s’intègre dans le quotidien des Thaïlandais et représente une solution concrète et à grande échelle au problème de la pollution plastique.

S’équiper d’une gourde réutilisable avant le départ devient ainsi non plus un simple geste symbolique, mais un véritable outil pour accéder à cette ressource. Votre démarche évolue : au lieu de simplement « refuser » le plastique, vous « choisissez » activement une alternative plus intelligente. C’est un changement de paradigme qui transforme une contrainte en une opportunité.

En combinant le refus poli pour les petits objets et l’adoption des alternatives pour les besoins essentiels comme l’eau, vous mettez en place une stratégie anti-plastique complète, respectueuse et diablement efficace.

À retenir

  • La vérification active prime sur la confiance aveugle : Ne vous fiez pas aux étiquettes « éco » ou « sanctuaire ». Posez des questions précises sur l’impact réel et la redistribution des revenus.
  • Votre portefeuille est un bulletin de vote : Chaque baht dépensé dans une guesthouse familiale ou une agence de trek locale est un investissement direct dans l’économie et le développement communautaire.
  • Le respect culturel est la clé de l’action : Apprendre quelques mots de thaï et comprendre les codes sociaux comme le « kreng jai » transforme un refus potentiel en un échange positif et constructif.

Comment choisir un trek ethnique qui respecte vraiment les communautés locales et l’environnement ?

Choisir un trek éthique va au-delà de la simple checklist de questions à poser à une agence. C’est adopter une philosophie de voyage qui place la dignité et la souveraineté des communautés au cœur de la démarche. Un trek véritablement respectueux n’est pas une transaction où vous achetez une « expérience tribale », mais un échange culturel où votre visite contribue positivement et durablement à la vie du village, selon les termes définis par le village lui-même. L’objectif ultime est que la communauté ne devienne pas dépendante du tourisme, mais qu’elle l’utilise comme un outil de développement maîtrisé.

Cela implique de rechercher des opérateurs qui ne sont pas de simples intermédiaires, mais de véritables partenaires des villages. Ces agences ont souvent une démarche à long terme, paient un prix juste pour les services et réinvestissent une partie de leurs bénéfices dans des projets communautaires. Leur philosophie est celle d’un partenariat, et non d’une simple relation client-fournisseur. Comme le formule l’une de ces agences pionnières, l’éthique est une question de juste rémunération.

Nous nous efforçons de payer pour chaque dépense le prix juste, et non tiré au plus bas possible, afin de permettre à chaque partie de tirer profit de son engagement.

– Thaïlande Autrement, Guide du tourisme responsable en Thaïlande

Concrètement, votre discipline de vérification doit aussi porter sur l’impact environnemental du trek. Une agence responsable aura une politique claire sur la gestion des déchets (le principe du « ramenez tout ce que vous avez amené »), l’utilisation de produits locaux et de saison pour les repas, et la sensibilisation des voyageurs au respect de la faune et de la flore locales. Le respect ne s’arrête pas aux humains ; il englobe tout l’écosystème qui fait vivre la communauté.

Maintenant que vous êtes armé de cette vision globale et des outils de vérification, votre pouvoir de décision est immense. Vous avez la capacité de distinguer le marketing de la réalité, l’intention de l’impact. Le tourisme responsable en Thaïlande n’est plus une abstraction, mais une série de choix concrets et informés. Chaque décision, du choix de votre crème solaire à celui de votre guide de trek, tisse la trame d’un voyage qui enrichit, respecte et préserve.

L’étape suivante consiste à intégrer cette discipline de vérification non pas comme une contrainte, mais comme une partie intégrante et passionnante de la préparation de votre voyage. C’est en devenant un voyageur-enquêteur que vous transformerez votre séjour en une force positive pour la Thaïlande.

Rédigé par Sarah Maury, Guide certifiée en écotourisme et anthropologue basée à Chiang Mai. Elle est l'experte incontournable pour les treks éthiques, la rencontre avec les tribus du Nord et l'aventure responsable en milieu tropical.